Pinkney Marcius-Simons (1867–1909) est un peintre américain singulier, à cheval entre deux continents et deux cultures. Formé auprès de Jehan Georges Vibert, il débute comme peintre de genre et expose au Salon de Paris dès 1891. Mais une grave maladie dans les années 1890 transforme radicalement son œuvre : il abandonne le réalisme pour explorer un symbolisme visionnaire, nourri de mysticisme, de mythologie et de spiritualité. Il participe aux Salons de la Rose + Croix, cercle ésotérique dirigé par Joséphin Péladan, et développe un univers lyrique, hallucinatoire et profondément personnel. Soutenu par le collectionneur Samuel Putnam Avery et par le président Theodore Roosevelt, qui salue son talent de coloriste et acquiert plusieurs de ses œuvres, Marcius-Simons reçoit la Légion d’honneur en 1908, peu avant sa mort prématurée à Bayreuth.
L’œuvre présentée ici, un paysage onirique aux accents symbolistes, incarne pleinement cette période tardive et inspirée. Dans une lumière de fin du monde, un miroir d’eau reflète un ciel enflammé, tandis que des architectures imaginaires et des figures allusives émergent d’un décor luxuriant. La pâte dense, les empâtements vibrants et la palette chatoyante évoquent autant Turner que Moreau, ou encore Albert Pinkham Ryder et Elihu Vedder, figures majeures du symbolisme américain. Tout concourt à créer une scène suspendue, presque musicale, où s’exprime la quête d’un absolu intérieur. Peintre longtemps oublié car difficile à classer, Marcius-Simons est aujourd’hui redécouvert comme un artiste majeur du symbolisme transatlantique.
Rares sur le marché, ses œuvres séduisent les collectionneurs par leur intensité émotionnelle, leur charge poétique et leur force visuelle. Ce tableau en particulier, par son format panoramique, son sujet lyrique et sa puissance chromatique, constitue une pièce rare, représentative de l’imaginaire fin-de-siècle et de la peinture symboliste